Gribouille

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Gribouille était un drôle d’oiseau. Je dis « était » parce qu’il ne vit plus avec nous, mais j’espère qu’il a une vie selon ses désirs, là où il est, maintenant.

Ce petit gars était un obsédé de la gaudriole, une hormone à pattes. C’était sans doute dû à son jeune âge mais il ne nous laissait jamais un moment de répit. Le matin, il n’était pas sorti de son poulailler depuis dix secondes qu’il était déjà en train d’entreprendre l’une de nous. Il était un peu fatigant, il faut bien le dire.

Mais attachant… Oh oui ! Très attachant… On lui pardonnait tout.

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Parce qu’il savait aussi être très attentionné. Il nous appelait quand il avait trouvé quelque chose de bon à manger. Il surveillait les alentours avec sérieux. Et Kalicotte m’a raconté que quand elle allait pondre dans le bureau – entre la bibliothèque et l’imprimante – il l’accompagnait, se couchait devant le nid tout au long de la ponte et la raccompagnait galamment dans le salon.

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Gribouille, coq hergnies

Il rendait visite à Françoise  dans sa maison tous les jours et plusieurs fois par jour. Il se couchait à côté d’elle sur la table basse et la regardait avec son bel oeil noir… Son beau regard de velours. Personne ne pouvait résister à un regard aussi profond. On lui passait tout. Surtout Françoise.

 

Il faut dire aussi qu’il avait eu une histoire de poussin pas banale. Quand il est né, après être resté trop longtemps dans son oeuf – Françoise l’a aidé à sortir – ses petites pattes étaient comme des poings fermés et il avançait comme ça, un peu bizarrement, sur ses poings fermés. Mais il avançait, parce qu’il avait une sacrée énergie, Gribouille.

_1120170 - CopieAlors Françoise lui a fabriqué de petites semelles orthopédiques pour qu’il pose ses petits pieds à plat. Ca a marché. Mais ses petits doigts étaient tout tordus. Alors re-semelles orthopédiques. Mais celles-là, il n’a jamais pu les garder plus de quelques heures… alors les petits doigts sont restés tordus et ont grandi comme ça.

 

Ca ne l’a pas bien gêné. Il a tout fait comme les autres ; il était le premier à sauter dans le saladier quand Françoise distribuait la pâtée. Toujours vigoureux, toujours joyeux. Il y a juste eu un moment de tristesse, quand ses frères et soeurs de couvée sont montés dans les arbres… Lui ne pouvait pas et il restait tout seul par terre, attendant qu’ils veuillent bien redescendre. Ce qu’ils ont toujours fait.

 

Et puis un jour, il a commencé à faire le bête : quand quelqu’un venait voir Françoise, Gribouille l’attaquait. Oh ! C’était juste pour dire : « Ici, c’est chez moi, pas chez toi ! » Mais les humains ne comprennent pas bien ces choses-là… Ou plutôt, ils les comprennent très bien mais ne veulent pas permettre aux poules et coqs de se comporter comme eux. Et Françoise n’avait pas d’endroit où enfermer Gribouille pour qu’il laisse les gens tranquilles.

Françoise a donné Gribouille à d’autres gens. Le jour où il est parti, elle a beaucoup pleuré. Et le lendemain encore. Et encore après.

Un jour elle m’a demandé : « Tu crois qu’il y avait une solution que je n’ai pas trouvée, Ariscotte ? Tu crois qu’on aurait pu le garder ? » Elle avait dit la même chose pour Jolicoq, mais ça, c’est une autre histoire…

Gribouille est parti, et tout son joyeux remue-ménage avec lui, toute sa vitalité…  Il était agaçant souvent, mais il nous manque.

 

Pâtée d’automne et d’hiver

Françoise a l’habitude, quand il se met à faire froid, ou quand nous sommes en mue, ou quand l’une de nous couve, de nous préparer une petite pâtée. Voici comment elle s’y prend :

Ingrédients pour un grand saladier

  • 400 grammes de riz long
  • 4 grosses poignées de tourteau de soja
  • une boîte de thon naturel de 400 grammes
  • de l’huile de colza, de tournesol, de foie de morue, de noix, d’olive…

Mise en oeuvre

Faites cuire le riz long ainsi que le tourteau de soja (16 minutes environ) ensemble ou séparément. Mélangez-les dans un grand saladier. Ouvrez la boîte de thon, égouttez, donnez le jus au chat. S’il n’en veut pas, donnez-le à vos poules. Émiettez le thon et mélangez bien avec le riz et le tourteau. Rajoutez l’huile. Servez. Succès garanti.

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Lorsque nous sommes en mue, l’idéal est de servir avec de l’huile de foie de morue. Il y a dans cette huile beaucoup d’éléments qui nous aident à passer ce moment difficile et fatigant pour notre organisme.

Quand il fait froid, nous aimons bien qu’on nous la serve un peu tiède.

Dans tous les cas, cela nous donne plein d’énergie et beaucoup de plaisir.

Le petit faisan est parti

L’autre matin, Aliénor, le petit faisan doré, est parti. Il a dit à Françoise : « Ciao, mama. Je m’en vais. Je suis grand maintenant. Je veux voir le vaste monde. Si je repasse dans le coin, promis : je viendrai faire un petit coucou. » Nous attendons toujours.

Ce petit, c’était un vrai rayon de soleil. Un petit lutin des bois qui se couvrait d’or peu à peu comme un arbre en automne. Quand il était parmi nous, il nous faisait caqueter de plaisir à le voir si vif, si léger, si agile.

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Il était né dans le printemps, en couveuse, le seul de la couvée. Françoise l’avait donc élevé comme un petit tout seul, qui a besoin d’être beaucoup tenu dans les mains, parce qu’il n’a ni la douce chaleur d’une maman, ni même celle de frères et soeurs. Or, tout le monde sait bien que nous avons tous besoin d’être touchés.

 

C’est un jeune d’aujourd’hui, Aliénor. Il a grandi avec Internet , les séries américaines et Aliénor et GribouilleFacebook. Mais il a choisi d’aller vivre dans les bois, en petit lutin qu’il est.

 

 

 

 

 

Je vois bien que Françoise a le coeur gros. L’autre jour, elle m’a dit qu’elle avait perdu un trésor. Bien sûr, il y a Betty Plume, la petite soeur plus jeune de 18 jours.IMG_2649 Mais pour Françoise, chacun de nous est unique et personne ne remplace personne. Elle a peur qu’il ait rencontré le renard, ou pire, un chasseur. Elle a peur qu’il ait froid ou faim ou soif. Elle voudrait juste le voir traverser le fond du terrain, de loin, histoire de savoir qu’il va bien…

 

 

Mais le petit faisan reste sourd à ses appels. Il ne se montre pas.

Élascotte a attrapé le coryza

Symptômes

On s’en est rendu compte tout de suite l’autre matin, en se réveillant à l’aube : Élascotte sentait mauvais, ce qui n’est pas son habitude, et elle était toute chose sur son perchoir. Mais dans la pénombre du poulailler, on ne pouvait rien dire de plus.

Quand on est sorties, là, c’est devenu évident. L’oeil gauche d’Élascotte était tout enflé et à voir son oeil droit, on aurait dit qu’elle avait vingt ans… au moins.  Son nez coulait et son bec était rempli d’une sorte de liquide. Elle n’a pas touché à notre petit déjeuner. Puis elle nous a suivies péniblement quand nous sommes montées vers la maison. Là,  elle s’est collée sous un arbuste et elle n’a plus bougé : elle filait un mauvais coton. Elle avait attrapé le coryza.

 

Traitement

Françoise n’a fait ni une ni deux. Elle ne lui a pas demandé son avis : elle lui a administré un traitement antibiotique qui a duré 7 jours mais qui faisait déjà effet dès le troisième. Ce traitement, Françoise ne l’a pas sorti de sa poche. Dès que l’une de nous ne va pas bien, elle appelle SOS Gallinacés. Et hop ! on est guéries. Presque toujours.

SOS Gallinacés

S’il y a un site à fréquenter et un numéro de téléphone à avoir quand on possède des poules, c’est bien ceux de SOS Gallinacés .  C’est encore mieux que le vétérinaire ; John et Stauk, qui le gèrent, savent de quoi ils parlent. Ils sont précis et compétents. Et pour eux, chaque poule est un individu, dont il faut s’occuper individuellement. Savoir qu’ils existent est un grand réconfort pour des poules comme nous.

 

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Élascotte convalescente et en mue.

Bref ! aujourd’hui, Élascotte va très bien. Elle a retrouvé sa bonne odeur, son bec sec, son appétit et ses beaux battements d’ailes.

 

Je ne suis qu’une poule mais j’aime savoir que nous ne sommes pas seules face à la mort et qu’il y a des gens qui oeuvrent à nous en protéger.

 

Commencement

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Photo de Hans Verwoerd

 

Et si une poule décidait d’ouvrir le bec. Et si elle se mettait à raconter ce qui fait le sel de ses jours, ses joies, ses chagrins, les heures passées sur la crête des bonheurs de la vie…